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Défendons les terres agricoles !




Notre-Dame-des-Landes, LGV Toulouse-Bordeaux, autoroute Castres-Toulouse, Portes de Gascogne, Portes du Tarn : quel est le point commun que dénoncent, dans leurs discours, les opposants à ces grands projets d’aménagement ? Ces derniers dévorent tous de précieux hectares de terres agricoles. Derrière cette crainte de la pénurie de terres on retrouve une autre peur, que l’on croyait oubliée : celle de « manquer », comme aux temps pas si anciens d’un monde pré-industriel. Cette revendication de sécurité alimentaire rencontre le scepticisme de nos élus qui, croyant ce problème résolu définitivement, ne jurent que par le développement des services et des nouvelles technologies, moteurs de la tant attendue croissance. A Toulouse Métropole , nos élus ne rêvent pas de champs de patates mais imaginent une « Aerospace valley », attendent impatiemment un parc des expositions grandiose, un nouveau quartier d’affaires près de la gare Matabiau, enfin à trois heures et des poussières de Paris grâce à notre « chère » LGV… Alors, les revendications terre-à-terre des écologistes semblent bien décalées, d’autant que nos dirigeants épousent bien l’incrédulité de notre époque où l’abondance s’étale (pour le moment) dans les rayons des supermarchés et dans les statistiques agricoles affichant de merveilleux rendements à l’hectare. Ne répète-t-on pas aussi à longueur d’antenne que la France reste une grande puissance agricole (1° exportateur européen et 19% de la production agricole de l’UE) ? Dans ces conditions, la peur du manque de terres peut-elle être légitime ?  

Menaces planétaires sur les terres agricoles 

   Selon le syndicat des jeunes agriculteurs, 26 m2 de terres disparaissent chaque seconde en France (la surface de votre salon ?), ce qui représente au bout de 2 mois la surface de Paris et en 10 ans l’équivalent d’un département français. Routes, autoroutes, parkings, lotissements, centre commerciaux ou zones d’activités dévorent à toute vitesse notre espace, l’artificialisent de manière irréversible. C’est le résultat d’une époque qui ne peut penser les limites du développement et peine à envisager une autre voie que l’étalement urbain basé sur le « tout voiture ». Des initiatives existent pourtant ça et là pour densifier la ville et sanctuariser les terres mais cela se fait au prix d’efforts et de luttes qui révèlent surtout l’inertie de pensée de nos élus. On se heurte aussi à nos chers économistes libéraux, et leur foi inébranlable dans le pouvoir organisateur du marché, qui proposent toujours le même genre de solution : les terres risquent de manquer en France ? Pas de problème, achetons en à l’étranger, toutes les grandes puissances le font !

 En effet, la Chine ne se cache plus de louer et d’acheter massivement des terres en Afrique ou en Amérique latine. Les pays européens eux-mêmes le font déjà depuis longtemps et le mouvement s’accélère pour pouvoir tenir l’engagement d’atteindre l’objectif de 10% d’agrocarburants en 2020. Plus inquiétant encore, des fonds privés se lancent depuis quelques années dans ce genre d’ « investissement ». En 2009, à Madagascar, la multinationale Daewoo avait tenté de louer à 1,3 millions d’hectares, c’est-à-dire la « moitié des terres arables » du pays pour 99 ans ! Le groupe sud-coréen avait alors l’intention de se lancer dans la culture du maïs et de l’huile de palme pour « renforcer la sécurité alimentaire de la Corée du Sud ». Les Amis de la Terre (AT) avaient mené à l’époque une campagne d’information pour dénoncer cet acte de néocolonialisme foncier qui avait échoué suite à une mobilisation de la population et la chute du gouvernement dans la foulée. Peut-on imaginer une attaque plus radicale contre la souveraineté des peuples que celle qui consiste à les priver de leurs terres nourricières ? Les Etats, surendettés et dépendants des marchés, défendront-ils les droits de leurs nationaux ou les droits de propriété de ces spéculateurs ? Toutes ces tendances dessinent hélas une carte économique prometteuse en tensions et conflits divers pour le XXI° siècle. Cela exclut donc définitivement toute solution extérieure à notre pénurie future de terres.  

L’agriculture intensive : un colosse aux pieds d’argile

   Pour le moment, les machines agricoles tournent à fond, les quintaux à l’hectare défilent, et on se targue d’exporter à tout va grâce aux subventions de la PAC. Mais on importe aussi beaucoup : 2 millions de tonnes par an de fruits et légumes, principalement à cause des politiques des centrales d’achat de la grande distribution (35% pour le secteur bio). Près de la moitié des protéines végétales qui nourrissent notre cheptel viennent d’ailleurs (essentiellement d’Amérique) depuis que les accords commerciaux internationaux et les politiques agricoles ont opté pour la spécialisation des territoires. Ce marché mondial des produits agricoles repose sur une énergie bon marché qui permet la rentabilité de produits transportés sur des milliers de k ilomètres depuis les confins de l’Europe, le Maghreb ou l’Amérique. Là se trouve la faille, selon nous, de cette « méga-machine » qui nous nourrit quotidiennement. Combien de temps encore ce système hyper complexe va-t-il pouvoir continuer à fonctionner ?

Nous sommes déjà entrés dans une période de crise énergétique : les experts indépendants reconnaissent que le pic pétrolier est derrière nous, entrainant une inexorable décroissance de la production de pétrole, et nous laissant sans solution de rechange pour satisfaire les niveaux incroyables de notre consommation mondiale. L’agriculture intensive ultra-dépendante du pétrole pour ses intrants (engrais, pesticides) et ses méthodes de production (mécanisation, exportation, transformation industrielle) va, elle aussi, dans quelques années, connaître la loi des rendements décroissants. La solution jusqu’ici utilisée pour répondre à l’augmentation de la demande alimentaire ne fonctionnera donc plus. Heureusement, comme le démontrent bon nombre de petites exploitations (surtout en bio), il est toujours possible de produire en étant plus sobre énergétiquement mais, pour satisfaire 70 millions de français, l’augmentation sensible de la superficie cultivée reste incontournable. Les grandes villes, en particulier, devront de nouveau se parer de belles ceintures maraîchères comme au temps où l’énergie était rare et chère. Où sont les réserves foncières pour nous préparer à ce grand bouleversement ? La soupape de sécurité des importations ne fonctionnera plus car la crise énergétique sera mondiale et l’obsession de la souveraineté alimentaire hantera tous les gouvernements (ce n’est pas l’OMC qui les obligera à « partager » avec le plus offrant ). Mêmes les dirigeants des pays du Sud, si prompts à brader leurs ressources à l’Occident, seront vite rappelés à la réalité par les émeutes de la faim (qui ont déjà repris depuis la moitié des années 2000 !).    Stratégies et outils pour éviter ce scénario catastrophe

  Depuis de nombreuses années, certaines personnes averties adoptent des comportements pour créer une agriculture durable. Des agriculteurs convertis en bio (parfois depuis plus de 40 ans) aux consommateurs qui soutiennent par leurs achats en AMAP ou sur les marchés locaux une agriculture paysanne et de proximité, les exemples de ce que nous pouvons faire individuellement sont nombreux et il est inutile d’y revenir. N’oublions pas qu’il est aussi possible de financer directement la sauvegarde des terres agricoles et l’installation de nouveaux agriculteurs grâce à des fondations comme Terre de liens . Leur campagne de 2011, « N’abandonnons pas notre héritage commun », soulignait bien l’urgence de mobiliser des fonds pour enrayer le cercle vicieux du déclin agricole : chaque semaine, 200 fermes disparaissent en France. Pour ceux qui préfèrent l’engagement direct, il existe l’exemple de « la Fontié » à Busque (81), où un groupe de personnes achète en commun une quarantaine d’hectares pour développer, dans un cadre coopératif, des projets agricoles et artisanaux permettant de tendre vers l’autonomie alimentaire.

Au niveau politique, des associations comme les Amis de la Terre tentent d’agir pour peser sur les projets d’aménagement et les politiques agricoles. La réorientation de la PAC (40 % du budget de l’UE) s’impose. Le dispositif d’aide actuel incite l’exportation, surtout vers les pays du Sud qui perdent ainsi peu à peu leur agriculture vivrière sous l’effet de la « concurrence libre et non faussée ». Il favorise aussi la concentration : 20% des fermes ramassent 70% des aides et les firmes de l’agro-alimentaire empochent des sommes qui soulèvent le cœur en ces temps d’austérité : le volailier Doux et le laitier Lactalis qui défraient régulièrement la chronique des colonnes sociales et sanitaires de nos journaux touchent respectivement 60 et 25,5 million d’euros par an. Que de grandes choses pourraient être faîtes par ailleurs avec de telles sommes : aides à la reconversion vers le bio avec des prix garantis (pour un travail agricole justement rémunéré), aides pour le soutien aux agriculteurs des zones difficiles (montagnes), protection et promotion des variétés locales (hybrides et semences du catalogue officiel n’atteindront plus leurs beaux rendements sans les intrants chimiques), investissements plus ambitieux pour fortifier les circuits courts (les ATMP avaient bien mesuré les difficultés pour les faire vivre en soutenant le projet de groupement d’achat les Clairons qui n’a pu atteindre l’âge de la maturité dans une économie du « moins cher à n’importe quel prix »).

Les Amis de la Terre Midi-Pyrénées ont aussi bataillé au CODEV (Conseil de Développement de l’aire urbaine toulousaine) pour imposer des réserves foncières dans le cadre d’un développement plus harmonieux mais avec de grosses difficultés pour se faire entendre. Le SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) reste hélas très décevant par rapport à l’importance des enjeux. Toulouse Métropole propose juste une « charte pour une agriculture durable en territoire périurbain » qui vise essentiellement à sauvegarder les terres existantes et affiche de belles intentions. La volonté politique n’est toujours pas au rendez-vous et la pensée unique considérant les affaires agricoles comme secondaires reste bien présente dans les institutions qui préparent notre avenir. Les ATMP se sont vraiment sentis très seuls pour défendre le bien commun lors de ces réunions du CODEV noyautées également par de puissants lobbies économiques.

Pourtant, les atouts de notre région (5° pour la production) sont là : savoir-faire agricole (1° région pour le nombre d’exploitants, 2° pour sa superficie cultivée), établissements de formation (Brens), importants réseaux d’agriculteurs bio (Erables 31, Nature et Progrès Tarn …), magasins de producteurs, AMAP, nombreuses, terres de qualité (vallée de la Garonne, Lauragais), sols et climat favorables à la diversification …

Mesdames et messieurs les élus, n’attendez pas d’être au pied du mur pour réagir ! Vos initiatives restent pour l’instant trop timides voire symboliques. Faites de la protection de nos terres nourricières une véritable priorité de vos politiques ! Ce n’est pas une lubbie d’écologiste mais une préoccupation cruciale comme le démontrent tous les faits et chiffes cités plus haut. Aimez la terre, défendez la avec nous et avec nos paysans ! Notre avenir à tous en dépend …


Publié le lundi 1er avril 2013.

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